12.10.2017, 00:01  

«Encadrons la révolution numérique»

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Philip Jennings et sa fédération de syndicats Uni Global Union entendent être les catalyseurs de l’action indispensable, selon lui, pour assurer une transition vers l’économie numérique encadrée afin d’en atténuer et d’adapter ses effets:«Il est temps de redéfinir la géographie du contrat social.»

 12.10.2017, 00:01   «Encadrons la révolution numérique»

ÉCONOMIE DIGITALE - Philip Jennings, secrétaire général de la fédération de syndicats Uni Global Union veut que l’on réfléchisse à l’avenir du travail.

propos recueillis par Didier Sandoz

didier.sandoz@lacote.ch

A la tête d’Uni Global Union, fédération de syndicats représentant quelque 20 millions de travailleurs, Philip Jennings entend, de son bureau à Nyon, inviter les décideurs politiques et économiques à mesurer les effets de la révolution numérique sur le monde du travail. Entre le sommet...

propos recueillis par Didier Sandoz

didier.sandoz@lacote.ch

A la tête d’Uni Global Union, fédération de syndicats représentant quelque 20 millions de travailleurs, Philip Jennings entend, de son bureau à Nyon, inviter les décideurs politiques et économiques à mesurer les effets de la révolution numérique sur le monde du travail. Entre le sommet qui a réuni ses dirigeants syndicaux lundi dernier à Nyon et le prochain forum «Et maintenant?» qui traitera de ce thème avec des intervenants locaux, il brosse le portrait, pas uniquement pessimiste, d’un univers professionnel et social en mutation.

La révolution numérique est en cours. Quels enjeux identifiez-vous dans notre quotidien?

Nos recherches montrent un gros risque potentiel de remplacement du travailleur par une machine. L’Organisation pour la coopération et le développement en Europe (OCDE) estime à deux tiers le nombre de postes menacés. Les chercheurs d’Oxford évaluent cette proportion à un job sur deux aux Etats-Unis. En Suisse, le cabinet Deloitte a observé 528 emplois et 353 ont une forte probabilité d’être remplacés. Face à ces chiffres sombres, nous, les syndicats, nous devons de tirer la sonnette d’alarme. Notre mission consiste aussi à faire respecter la séparation entre vie privée et vie professionnelle à l’heure de l’hyperconnexion qui permet de travailler à toute heure et en tous lieux.

Ces préoccupations restent propres à la défense de travailleurs. N’y a-t-il pas un côté rétrograde à refuser cette évolution technique?

Non, nous ne nous positionnons pas comme des résistants à tout prix contre la technologie en tant que telle. Nous sommes pleinement conscients que la mise en réseau en temps réel a permis en son temps de renforcer l’action syndicale. Mais cette révolution numérique déborde largement le monde du travail. Les fameux GAMFA (Google, Apple, Microsoft, Facebook et Amazon) ont-ils la légitimité d’exister à une taille pareille? Ces big-5 ne mettent-elles pas en danger le capitalisme lui-même? Le business des données, qui sont la nouvelle matière première, le charbon d’aujourd’hui, ne nécessite-t-il pas d’être cadré avant d’avoir de fâcheuses influences sur la démocratie? La notion d’engagement, d’employés, résistera-t-elle à des plateformes du style d’Uber? Autant de questions qu’il est bon de se poser maintenant. N’acceptons pas la logique présentée, mais encadrons cette révolution numérique.

Y réfléchir, c’est bien, mais pensez-vous vraiment pouvoir changer le monde?

Tout d’abord nous, syndicats, ne sommes pas les seuls à nous préoccuper des effets de la révolution numérique. Des institutions comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale ou l’OCDE disent eux aussi «attention». Et même le secteur privé, qui assiste et subit des changements jamais vus dans la nature des produits, les offres et même les structures des entreprises, commence à réagir. Il me semble qu’on assiste au réveil des David… contre les Goliath.

Quels sont vos leviers d’action?

Face à la globalisation du marché du travail, Uni Global Union se doit d’être un des catalyseurs de l’action. En reprenant plus ou moins le mode de faire de la COP21 sur le climat à Paris où on prônait qu’un autre monde est possible, il est temps d’interpeller par les politiques d’emploi, d’information et des salaires, en tenant compte de leurs effets sur les caisses sociales aussi. Il est temps de redéfinir la géographie du contrat social. Et comme on dit toujours que les gouvernements ne réagissent pas assez vite, il faut nous y mettre dès maintenant. Voici venu le temps des politiques publiques, car le marché privé ne résoudra pas ces problèmes.

Et quelle est la situation dans notre région?

La Suisse a une économie compétitive basée sur l’innovation et la formation, mais elle est aussi impactée. Le syndicat Unia l’a bien compris, lui qui a plaidé la semaine dernière pour une «numérisation sociale».

Le forum «Et maintenant?» débattra de «La révolution numérique, quels bouleversements pour notre région?» le mercredi 25 octobre dès 18h au siège d’Uni Global Union, avenue Reverdil 8, à Nyon. Entrée libre.

Congratulations syndicales

La fédération internationale Uni Global Union a remis mardi son prix «aller de l’avant» à Unia et à une délégation des salariés de l’assureur Generali à Nyon. Avec le soutien du syndicat, le personnel était parvenu en 2016 à sauver près de 100 emplois menacés grâce à une grève sans précédent dans le secteur des assurances en Suisse.

Le prix décerné par 130 délégués représentant 900 syndicats dans le monde récompense des entités qui ont enregistré une croissance exceptionnelle de leurs membres et permis une mobilisation marquante. Il a été remis entre autres au comité de grève des salariés de Generali soutenu par Unia.

Les employés de l’assureur avaient massivement rejoint Unia pour combattre un plan de restructuration qui aurait coûté 108 postes à Nyon. Depuis, Unia est devenu un syndicat reconnu dans cette branche. De nombreux nouveaux membres augmentent sa représentativité. com


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