13.10.2017, 06:30  

Des adolescents du gymnase de Nyon écrivent leur rage de vivre

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Des gymnasiens nyonnais photographiés par Anoush Abrar.

 13.10.2017, 06:30   Des adolescents du gymnase de Nyon écrivent leur rage de vivre

Gymnase - Photographiés par Anoush Abrar, des gymnasiens exposent “Capsule temporelle” à l’Abri à Genève. Un témoignage vibrant sur l’adolescence.

Nathalie Hug Texte
nathalie.hug@lacote.ch

«On voulait vous dire...» Dans la cafétéria du Gymnase de Nyon, ils se regardent, intimidés, frétillants. «... C’est sympa de venir nous interviewer!» Ce sont des élèves comme les autres, ils ne comprennent pas pourquoi la presse s’intéresse soudain à eux. 

Il faut dire qu’une célébrité du monde de la photographie a dirigé son flash sur eux. L’idée est venue autour d’un dîner entre Mallika Nadesan, professeur de français au Gymnase de Nyon, et son ami...

Nathalie Hug Texte
nathalie.hug@lacote.ch

«On voulait vous dire...» Dans la cafétéria du Gymnase de Nyon, ils se regardent, intimidés, frétillants. «... C’est sympa de venir nous interviewer!» Ce sont des élèves comme les autres, ils ne comprennent pas pourquoi la presse s’intéresse soudain à eux. 

Il faut dire qu’une célébrité du monde de la photographie a dirigé son flash sur eux. L’idée est venue autour d’un dîner entre Mallika Nadesan, professeur de français au Gymnase de Nyon, et son ami de longue date, Anoush Abrar, enseignant à l’ECAL, connu internationalement pour ses photos de stars du cinéma et primé pour son portrait de Koffi Annan.

Pendant la “semaine spéciale”, les élèves ont réalisé une Capsule temporelle, sorte de boîte à souvenirs qu’on enterre pour la retrouver dix ans plus tard. La photo y est accompagnée d’une lettre adressée à soi-même. Le tout donne une exposition, à découvrir à l’Abri à Genève jusqu’au 22 décembre.

Un shooting photo digne des podiums a été organisé dans une salle de classe. «C’était impressionnant!» s’exclament les élèves les yeux brillants. «Tout à coup, on s’est rendus compte que c’était un projet sérieux.» Et alors, contents du résultat? Ils sont unanimes, c’est un grand «oui»de fierté qui leur échappe, face à leur image captée par Anoush Abrar.

Un portrait noir de l’adolescence

Pourtant, à l’heure du dévoilenement des textes, c’est le choc. La violence des lettres  ébranle les professeurs. Mallika Nadesan ne mâche pas ses mots. «J’en suis sortie heurtée dans ma vision de l’adolescence». 

Les textes parlent d’êtres invisibles, isolés dans une capsule noire, se défiant d’un monde qui les écorche. Capturés devant les murs bétonnés du Gymnase, les portraits respirent l’intensité de leur âge et la profondeur de leurs textes: durs, sobres, éternels. «La société nous voit comme des imbéciles. On réagit vite, parce qu’on est à vif. Mais l’expo montrera qu’on est aussi des adultes dans ce qu’on vit et pense.» Sophia, assise au milieu de ses camarades, observe, mais ne se laisse pas percer à jour. Son texte, enveloppé d’un silence velouté, frappe comme un coup de poignard. «Il y a eu cette bête sauvage. Elle t’a arraché le cœur. Jetée à terre.»

Violence, abus, rejet, exil. Amputés d’une partie d’eux-mêmes, ils ne dansent plus avec le monde. «Ta vie est monotone, toujours sur le même ton, uniforme», s’écrit Estelle. «Je ne sors plus, tout me semble terrifiant»: Daniel se retire dans les jeux vidéos. Arrachée de son Portugal natal, Patricia a perdu sa voix. «Tu baisses les yeux quand ils passent. Tu te réfugies dans les séries, pour ne pas penser à ta vie.» 

Ecrire pour s’en sortir

Dans cette spirale du repli sur soi, l’écriture amorce le mouvement inverse. Il y a des choses qui ne peuvent être dites. «C’est plus simple de les écrire», remarque Sophia, approuvée par ses camarades. Le premier pas vers la reconnaissance est engagé. 

Ils sont venus à cet atelier de leur plein gré, et s’ils sont là, c’est qu’ils aiment écrire, et qu’ils ont quelque chose à dire. Même le rebelle de la classe, Dylan, qui part chez le tatoueur le jour du shooting photos, s’accroche à son stylo. «C’est soit tu grailles, soit tu te fais grailler mon gars. J’espère au moins que tu écris encore, ça t’aide, tu le sais. Dieu seul sait où vont me mener ces conneries.»

Un journal intime détourné, car dévoilé. «La prof nous avait dit que ce serait exposé, confie Romaine. «Mais jamais on aurait imaginé que ça prendrait une telle ampleur!» La peur du jugement plane. Mallika Nadesan en est consciente. «Il n’était pas question d’exposer au Gymnase. A l’Abri, le public est éclairé, éloigné du quotidien des étudiants, et je pense qu’il sera bienveillant.»

La couleur des mots

Julia, jeune fille pétillante à l’allure garçonne, trépigne. «Je n’avais pas envie de me plaindre. Alors je suis partie sur un texte plein de couleurs.» Son texte chatoyant sur la mode détonne, en effet:«Pour fuir cette continuité de la couleur, tu as opté pour le col roulé rouge à la place du bleu». Ou la poésie comme réponse à la morosité. 

Timo, dans sa fraîcheur juvénile, se débat contre les étiquettes qui lui collent à la peau. L’intello, le scientifique. Brisant les clichés, il exprime une force  vive  qui cherche à émerger. «Je veux trouver la touche de folie pour illuminer ma vie. Tenter le non-conventionnel, pour le simple plaisir de contraster.» Une adolescence qui cherche à vibrer un ton plus haut. Et qui prend la plume, pour y arriver. 


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