09.10.2017, 00:01  

Nyon a gagné pour Fabrice Rey

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 09.10.2017, 00:01   Nyon a gagné pour Fabrice Rey

BASKETBALL - Samedi, les pensionnaires du Rocher ont décroché la victoire contre Pully Lausanne en mémoire de leur coach décédé jeudi.

elias baillif

Des acclamations, le silence, des chants, le port de lanières jaunes distribuées à l’entrée, nombreuses ont été les manières par lesquelles le public a rendu hommage à Fabrice Rey, l’entraîneur du BBC Nyon décédé jeudi. Les joueurs, eux, ont honoré sa mémoire en jouant, et surtout, en gagnant avec la manière. Sans oublier les accessoires aux couleurs fluos – couleurs que portait souvent leur entraîneur –, que chaque basketteur nyonnais arborait: lacets de...

elias baillif

Des acclamations, le silence, des chants, le port de lanières jaunes distribuées à l’entrée, nombreuses ont été les manières par lesquelles le public a rendu hommage à Fabrice Rey, l’entraîneur du BBC Nyon décédé jeudi. Les joueurs, eux, ont honoré sa mémoire en jouant, et surtout, en gagnant avec la manière. Sans oublier les accessoires aux couleurs fluos – couleurs que portait souvent leur entraîneur –, que chaque basketteur nyonnais arborait: lacets de chaussures, bandeaux, manchettes, jambières.

En préambule de la partie, la présidente du club, Barbara McAllister, a lu une lettre écrite par la famille du coach. S’en est suivie une minute de silence, respectueusement observée par les spectateurs d’une salle du Rocher remplie à ras bord. Des applaudissements prolongés ont conclu cet instant de recueillement, avant que la partie ne se joue, comme l’avaient décidé unanimement les basketteurs la veille.

Sur le parquet, les attaques nyonnaises prenaient de vitesse des jeunes joueurs de Pully Lausanne Foxies Espoirs débordés. Nyon se fabriquait un avantage qui ne cessait de croître durant le premier quart-temps. Soutenant activement son équipe, le public avait l’occasion de s’enflammer sur quelques dunks et autres shoots de grande classe.

A la fin du premier partiel, l’avantage des joueurs locaux était de 20 points. Concédant moins de situations de tir aisées durant le deuxième quart-temps, les Lausannois ne laissaient toutefois pas leur adversaire prendre le large. Remise à plus tard, l’irrattrapable distanciation au score était pourtant scellée dix minutes plus tard.

«Je lui dois tout»

Tous à leur affaire, les Nyonnais faisaient étalage de leur supériorité totale dans le dernier quart-temps, où certains gestes de leur part faisaient se lever les tribunes. Marvin Owens présentait un show personnel, célébrant ses meilleurs paniers le bras et le regard en direction du ciel. L’entier du public se levait pour les dernières secondes de jeu, scandant le prénom de Fabrice Rey. L’image la plus émouvante de cette soirée, peut-être, était celle des deux équipes unies en un rond à la fin du match, se réconfortant mutuellement.

«C’était un gars qui ne pensait qu’à une chose: faire le bien autour de lui. Il s’inquiétait de l’état de tout le monde, croyait en tout le monde, ne baissait jamais les bras. Il partageait la bonne humeur. Il était incroyable!, confiait William Van Rooij à l’issue de la partie. Oui, gagner avec la manière, c’était beau. Jouer, la question ne s’est même pas posée. On était tous d’accord. Ça aurait été un déshonneur à sa mémoire que de ne pas jouer.»

Pour sa part, Jeff Dufour soulignait l’importance qu’a eue Fabrice Rey dans sa vie: «Je lui dois tout. Il a commencé à me coacher quand j’avais onze ans. Cette saison, je vais jouer pour lui et lui montrer qu’il a eu raison de croire en moi.»

Tout en fluorescence

En chimie, une réaction fluorescente est produite par l’absorption de l’énergie des photons de la part d’électrons excités. Traduit en langage basket, ça pourrait donner ça: l’énergie de Pully Lausanne est absorbée par l’activité de l’entier du BBC Nyon, et le résultat de cette transformation donne une victoire pleine de fluorescences. Tout ça en hommage à «Coach Fab»

Nyon – Pully Lausanne 123-85 (34-14 18-24 39-25 32-22)

BBC Nyon: Bullock (7pts), Winston (16), Dufour (14), Erard (8), Wolfisberg (16), Ivanovic (8), Van Rooij, Jotterand (2), Owens (30), Zaninetti (13), Eyenga (4), Kolomaisky (5).

Coach: Pierre Badan et Srdjan Zivkovic.

Pully Lausanne: De Marrero (17 pts), Jo. Rothrock (11), Ki. Lahache (7), Falk (7), Weldai (2), N’Deurbelaou (2), Benkley (2), Vannay (4), Mobilia (2), Notari (22), Del Rosario (9).

Entraîneur: Malcolm Ebara.

Notes: salle du Rocher, Nyon.

 

HOMMAGE

«Je suis né et je mourrai dans le basket»

Trente-huit points, c’est un écart considérable dans un score de basketball et c’est le solde positif engrangé samedi par un BBC Nyon orphelin. Mais ce même nombre devient négligeable quand il représente l’âge d’un disparu. Fabrice Rey, pilier central du basket nyonnais masculin, est décédé jeudi, à l’âge de 38 ans.

Fils de Georges et Irène, deux piliers du basket nyonnais, et frère de Jérôme, capitaine jusqu’en 2006, Fabrice n’a jamais aimé perdre et aurait souhaité porter les couleurs nyonnaises au plus haut niveau. Mais des problèmes de santé l’ont contraint, dès l’âge de 16 ans, à renoncer partiellement à ce rêve.

Dès lors, c’est dans la formation qu’il mit toute son énergie. «Fabrice était un excellent formateur pour les jeunes, un peu décalé quand même et un rien provocateur», déclare Giancarlo Sergi, président de Swiss Basketball.

Depuis vendredi, c’est un tsunami d’hommages unanimes qui a déferlé sur les réseaux sociaux. Des centaines de jeunes de la région nyonnaise ont les yeux aussi rouges qu’une paire de chaussures de la vaste collection multicolore de Fabrice Rey.

Entraîneur de multiples équipes de tous âges depuis un peu moins de deux décennies, il a vu défiler des volées entières de basketteurs. Hors des parquets, le résident de Gland était encore un infatigable animateur des loisirs de ces adolescents qui ont considéré ce fan des Los Angeles Lakers et des M & M’s comme leur grand frère.

Toujours le sourire aux lèvres, il ne cessait d’exprimer sa reconnaissance pour l’engagement de chacun en faveur du BBC Nyon. Et pourtant, c’est au contraire lui qui y consacrait des heures et des heures afin d’assurer à la fois des bons résultats sportifs et aussi une parfaite organisation logistique. «Fabrice était quelqu’un d’extrêmement attachant, avec beaucoup de présence et toujours de bonne humeur, qui s’investissait énormément, confirme la présidente du BBC Nyon, Barbara McAllister. Sa disparition va laisser un grand vide pour ses parents, le club et le basket en général.»

Celui que l’on surnommait «Magic Fab» n’a jamais caché sa reconnaissance envers son employeur, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), à Gland, qui lui avait permis d’aménager son temps de travail au bénéfice de la sphère orange. «J’en fais certainement trop, mais je suis né dans le basket et je mourrai dans le basket», confiait-il. Cet éternel gamin a pourtant choisi de partir à la veille de la reprise du championnat. Didier Sandoz


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