Le coin des chroniqueurs
 30.11.2018, 15:31

Pas folle la bête: grand tétras, dépression génétique?

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Michel Gauthier-Clerc, directeur du zoo de la Garenne.

Chronique Retrouvez la chronique de Michel Gauthier-Clerc, directeur du parc animalier de La Garenne.

Espèce emblématique des forêts du Jura et des Alpes suisses, le grand tétras y a un avenir incertain. Le changement du climat est bien sûr une menace pour cette espèce comme pour beaucoup d’autres. Cependant, la thématique du changement du climat ne doit pas occulter d’autres changements de fond qui sont déjà en cours depuis des dizaines d’années, comme la fragmentation des habitats et la modification de l’usage des sols. Deux phénomènes qui ont conduit à l’extinction de nombreuses espèces avant même le changement du climat.

Beaucoup d’espèces sont désormais réduites à des îlots de présence de petites populations, séparées les unes des autres par les activités ou les aménagements humains. C’est le cas du grand tétras. Les populations du Jura, des Vosges ou des Alpes sont de plus en plus réduites et n’ont plus de lien entre elles.

Malgré tous les efforts faits pour protéger et restaurer l’habitat du grand tétras et assurer sa tranquillité, son territoire et ses effectifs continuent de se réduire. Cela reste à prouver scientifiquement, mais il est possible que l’espèce ait atteint dans le Jura ce que l’on appelle la dépression de consanguinité.

Cette dernière survient quand la reproduction se fait entre individus trop apparentés, et que leurs descendants sont moins capables de s’adapter aux changements ou à se reproduire. Dans ce cas, un seuil aurait été franchi et il n’y aurait plus assez de diversité génétique dans les populations. Dès lors, quelles que soient nos actions sur l’habitat, la population de grands tétras continuera de diminuer faute de production suffisante de jeunes de qualité.

Des cas similaires dans le monde avec d’autres espèces en voie d’extinction ont été résolus. La diversité génétique a été relancée en introduisant des individus issus d’autres petites populations isolées. Les espèces ont retrouvé leur dynamique de reproduction et ont de nouveau progressé. L’échange de grands tétras entre le Jura, les Vosges et les Alpes est peut-être la solution à imaginer pour éviter sa disparition.

Michel Gauthier-Clerc, directeur du parc animalier de La Garenne


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